Le portrait du mois : Michel Saint-Mard, de Taipro

Le portrait du mois : Michel Saint-Mard, de Taipro

Le portrait de ce mois de rentrée est dédié à un des nouveaux membres de Skywin, une PME active dans les microsystèmes qui vient de monter un projet Skywin avec entre autres Safran Aero Boosters. Fondé à partir d'un laboratoire de l'Université de Liège, Taipro Engineering développe des microsystèmes sur mesure. Et gère le processus de la conception à l'assemblage, ce qui fait son originalité. 

Ingénieur civil aéronautique sorti de l’Université de Liège en 1995, Michel Saint-Mard commence sa carrière professionnelle à l’Ecole royale militaire sur des projets de lanceurs du futur pour l’ESA. En collaboration avec l’institut von Karman et Safran Aero Boosters, à l’époque Techspace Aero. C’est donc tout naturellement qu’il débarque dans l’entreprise de Herstal en 2000, pour le compte de GDTech. Il devient responsable du développement de deux vannes cryogéniques pour le moteur Vinci, le troisième étage d’Ariane 5, qui sera seulement utilisé cinq ans plus tard… 

Le rythme est trop lent pour le jeune ingénieur, qui de plus rêve de mener ses projets de A à Z. Ce que le spatial chez Safran permettait jusqu’à la mise au point des vannes. Il quitte donc Safran Aero Boosters sa tâche accomplie, en 2005, pour rejoindre l’Université de Liège et y développer un projet nommé Microsys. « Nous sommes partis de rien, se souvient Michel Saint-Mard, avec deux personnes qui sont encore avec moi aujourd’hui. Le but était de sensibiliser les industriels aux besoins en microsystèmes dans leurs produits ou processus mais aussi de créer une activité industrielle liée aux microsystèmes. » Microsys est créé en 2005, les budgets décrochés en 2007, et les salles blanches inaugurées en 2009 chez Technifutur… « Tout de suite, nous avons eu des projets de recherche avec Techspace Aero (Safran Aero Boosters), la Sonaca, la Sabca... Très vite ces acteurs sont venus vers nous et nous ont demandé de créer une structure plus agile, plus dynamique pour répondre à de vraies questions industrielles et commerciales. » 

Pour répondre à cette demande, Michel Saint-Mard et Fabrice Haudry lancent Taipro Engineering en février 2009. « Nous aurions bien gardé le nom Microsys, mais avons opté pour Taipro qui signifie ‘tailored microsystems improving your product’. L’idée était et reste de concevoir des microsystèmes sur mesure. » poursuit le CEO. Aujourd’hui, Taipro est une activité de services qui fait de la conception électronique de manière différente des autres, mais aussi de l’assemblage. La société, qui compte huit personnes sur son pay-roll, mais envisage un engagement par an dans les cinq prochaines années, est hébergée chez WSL, sur les hauteurs de Liège. 

« Annuellement, nous menons quelque cent-trente projets de tailles variées. Un projet d’assemblage peut juste coûter 1000 euros, mais ce sont des pièces à haute valeur ajoutée, poursuit Michel Saint-Mard. Au début, nous arrivions à une centaine de pièces par an, en louant des machines à l’Université, et nous pensions ne pas dépasser quelques centaines de pièces en ne faisant que l’assemblage pour nos clients. Puis nous avons établi un plan d’investissements et nous produisons actuellement environ vingt-cinq mille pièces par an, et ce pour de très grands acteurs de la microélectronique : Murata, Sony, Huawei… Faire des prototypes et mettre en avant les difficultés liées à l’assemblage est un métier particulier que ces grands acteurs ne souhaitent pas exercer en interne : pas question d’interrompre une grosse production pour faire quelques essais, que ce soit de dix ou de mille pièces. Nous occupons la case. »

Pour l’assemblage, Taipro a quelques concurrents en Europe, mais plutôt orientés sur de plus grandes séries, et sans conception. Au niveau de la conception justement, la société wallonne a également quelques concurrents, mais axés sur l’électronique plus conventionnelle. « Alors que nous proposons les deux démarches. Par cette intégration, nous sommes uniques en Europe. C’est la particularité de notre savoir-faire : nous sommes le trait d’union entre la conception et l’assemblage, deux parties d’une entreprise qui ne communiquent pas assez » ponctue Michel Saint-Mard.

Médical et aérospatial

Si Taipro compte essentiellement ses clients dans le médical, l’aéronautique n’est évidemment pas absente de sa stratégie. La firme a ainsi déposé un projet Skywin avec Safran Aero Boosters et d’autres acteurs wallons – VDDTech, Nsilition, Bit and Byte et Open Engineering – concernant des mesures de pression, de l’électronique à très haute température. En outre, Taipro travaille énormément avec Thales France, comme partenaire privilégié, dans bon nombre de projets européens, pour des contrats portant moins sur l’aérodynamisme que sur des technologies radar. 

Actif également dans les drones, Taipro développe beaucoup d’études de faisabilité… « Car on a vu passer plusieurs projets pour lesquels ont été rédigé un proof of concept voire monté un démonstrateur. Avec des blocs électroniques existants… mais volumineux et/ou trop lourds… Il suffisait de miniaturiser et ça devait marcher. Non. Dans un drone, il faut d’abord démontrer que c’est possible de travailler avec un petit poids et une petite masse. Souvent l’ingénieur se trompe sur ce qu’il doit démontrer : la fonctionnalité finale en premier ou d’abord les possibilités techniques (poids, tailles, température…). Il faut lister les différents points et démontrer que c’est possible avant de concevoir un démonstrateur » analyse Michel Saint-Mard. 

Assez naturellement, Taipro se tourne vers l’étranger, même si, actuellement, de 25 à 30% seulement du chiffre d’affaires se réalise hors de nos frontières. Un pourcentage qui a tendance à croître régulièrement. D’ailleurs, la société a ouvert un bureau de représentation à Grenoble, où on retrouve un environnement technologique fort riche. Autre piste de développement international : le programme mis en place par l’Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers – Awex – avec le Texas, et plus particulièrement l’Université de Texas A&M (https://www.awex-export.be/fr/aides-et-subsides/liste-des-aides/incubateur-texas-a-m)« Aujourd’hui, pour toute activité de service dans notre domaine, nous avons besoin de proximité avec nos clients vu les échanges très réguliers. De plus, nous ne formons pas assez de talents dans nos universités. Ce n’est pas un problème de qualité mais de quantité. A Texas A&M, c’est impressionnant le nombre d’ingénieurs qui sortent chaque année et nous souhaiterions en ‘profiter’. Notre mode de fonctionnement au Texas doit encore être défini. Le covid-19 nous a bien retardés. Mais l’idée est de baser quelqu’un là-bas pour un certain temps. De plus, l’industrie pétrolière est évidemment importante au Texas. Et les technologies que nous avons développées se prêtent assez bien aux besoins de forage. Nous avons des concurrents, mais notre profil reste intéressant dans notre niche » détaille le co-fondateur de Taipro. 

Grandir lentement

Les deux fondateurs de Taipro en gardent le contrôle, avec 51% des parts. Le tour de table se complète par Gesval – une société anonyme constituée par l’Université de Liège dont la mission est de gérer la propriété intellectuelle de l'Université et de la valoriser sur le marché – avec 29%. Le reste est partagé entre le professeur Jacques Destiné, deux employés et un investisseur privé. « Notre volonté est de rester à taille humaine. Parce que c’est la meilleure formule pour rester agile, et nous avons absolument besoin d’agilité pour grandir. Nous sommes persuadés, mon associé et moi, que c’est la meilleure solution, qu’une grosse structure dans notre capital serait une source d’inertie. Par contre notre filiale, détenue à presque 100% par Taipro, met en place de nombreux partenariats, puisque son but est essentiellement de vendre. Pour la filiale, il est possible que nous ouvrions le capital un jour, mais rien n’est prévu actuellement » conclut Michel Saint-Mard. 

Arnaud COLLETTE

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