L'invité du mois : Olivier Dupont, de Lambda-X

Co-fondateur et CEO de Lambda-X, Olivier Dupont présente un profil sympathique et discret. Trop discret ? Il le concède volontiers, « nous avons le syndrome wallon : un excès de modestie… » Et pourtant, avec plus de trente systèmes spatiaux fournis, des références dans l’industrie à faire pâlir la concurrence et dans ses clients les top 5 mondiaux dans les lentilles de contact et dans les lentilles intraoculaires, Lambda-X est une vraie « success story ». 

Mais n’allons pas trop vite… L’aventure commence à la fin des années ‘80, à l’ULB. Olivier Dupont est licencié en Sciences physiques et se lance dans un doctorat qu’il effectue principalement à l’École polytechnique de l’ULB, dans le laboratoire de Jean-Claude Legros, qui s’appelait initialement Laboratoire de Chimie-Physique, et qui a vite évolué vers l’appellation Microgravity Research Center. « Mon activité à ce moment était le développement d’expériences spatiales en mécanique des fluides, avec un accent tout particulier sur le développement et la fabrication de diagnostics optiques permettant de suivre et de contrôler l’évolution des mouvements et des champs de température au sein de ces liquides »  détaille Olivier Dupont, déjà passionné d’aviation, et d’ailleurs pilote. « Avec ce doctorat chez Jean-Claude Legros, j’ai pu associer ma passion pour l’aéronautique et l’espace à l’optique et la physique. On a réalisé quelques expériences spatiales passionnantes, notamment sur la navette spatiale. »

Le doctorant, qui a effectué son service militaire dans les laboratoires optiques de la force terrestre, rencontre Paul Verhaert. Avec ce dernier et Jean-Claude Legros, un trio se forme pour développer des instruments optiques et proposer ses compétences dans divers programmes de l’ESA. « Très vite, je me suis rendu compte d’une certaine frustration qui était notre seule obligation de moyens, et non de résultats : à un moment, nous devions abandonner nos concepts pour que ceux-ci puissent être réalisés par une entreprise. J’avais le choix entre une carrière académique potentielle ou basculer dans le concret. J’ai choisi le concret » se souvient Olivier Dupont.

C’était le début des conceptions optiques assistées par ordinateur. « J’ai suivi une formation à Brighton et ai utilisé les premiers logiciels, ce qui a créé une compétence spécifique au sein du labo, où nous étions une petite dizaine à travailler dans le domaine spatial. Nous jouissions déjà d’une certaine reconnaissance de la part de l’industrie, ainsi que de l’ESA » poursuit Olivier Dupont, qui propose à ses deux associés de créer une société afin de poursuivre leurs développements jusque la concrétisation de systèmes optiques. C’est ainsi que naît Lambda-X, en 1996… « A l’origine, l’ULB n’a pas voulu intégrer la société parce qu’à l’époque le concept de spin-off était relativement neuf, à part à l’Université de Liège, qui était en avance. Mais l’ULB a fini par nous rejoindre en 2002 », date à laquelle l’équipe quitte physiquement les locaux de l’université pour acheter son premier bâtiment à Nivelles. Une équipe qui grandit, notamment avec l’arrivée de Luc Joannes, toujours présent dans la société comme CTO. En 2006, Lambda-X compte une dizaine de personnes.

C’est le temps de la réflexion : « nous nous sommes vite rendus compte que pour une petite société active dans le spatial, le côté cyclique se révèle une difficulté. Les délais pour obtenir un contrat ESA sont longs. Et une date de lancement conditionne le calendrier. C’est complexe de stabiliser une société, surtout une petite, si l’on ne fait QUE du spatial explique Olivier Dupont. On s’est vite rendu compte que pour pérenniser notre activité, nous devions nous développer également hors du spatial, proposer nos compétences en systèmes optiques et imagerie à l’industrie ‘classique’. Les cycles dans l’industrie classique sont fondamentalement plus courts, entre un an ou deux, pour au moins trois ans dans le spatial. Nous avions ainsi deux échelles de temps différentes et deux gammes de clients. » La diversification était en route… 

Un troisième axe s’ajoute progressivement. « Sur la base d’une technologie que nous avions développée pour une fusée sonde, nous nous sommes rendus compte qu’une technique de déflectrométrie avait un certain potentiel. Nous étions toujours à l’université à l’époque et lui avons demandé de breveter cette technologie. Puis nous avons fait un transfert technologique vers une activité industrielle. But : développer un instrument permettant de vérifier la performance de systèmes optiques. »

Olivier Dupont raconte l’épisode de sa découverte avec un sourire… « Luc, qui est l’inventeur de cette nouvelle méthode de mesure, et moi étions dans notre labo. Nous cherchions un pièce optique loufoque pour nos essais, et dans ce domaine il n’y a rien de plus étrange qu’un verre de lunettes progressif. J’ai pris ma paire de lunettes et l’ai mise dans le faisceau. On a remarqué avec étonnement que les franges qu’on observait nous montraient la performance du verre. Ce qui était très surprenant, c’est que je tenais cette paire de lunettes à la main dans l’instrument, ce qui est totalement impossible avec un interferomètre. D’où notre deuxième surprise : la stabilité de l’instrument. Et, troisième étonnement, quand on déplaçait la paire de lunette dans le faisceau, les franges de caractérisation suivaient le verre sans modification de géométrie ou de forme. » Le potentiel saute aux yeux… 

Lambda-X, avec l’aide la Région wallonne, crée alors un programme de développement pour optimiser sa technique. Parallèlement à la Région, un autre acteur arrive aux côtés de Lambda-X : l’incubateur WSL, qui avance les fonds, complémentairement aux subsides régionaux, pour fabriquer les premiers prototypes. Et le fruit de ces recherches est présenté à Paris en 2008 : le prototype Nimo, pour « Nouvel Instrument de Mesures optiques ». Le succès est immédiat auprès des ingénieurs d’Essilor. Quelques semaines plus tard, la société reçoit sa première commande.

Dès 2008, les trois axes de Lambda-X sont donc sur les rails. Les deux premiers concernent des activités de services, dans le spatial d’une part, et dans l’industrie « plus classique » d’autre part ; le troisième axe consiste en une activité de vente de produits à orientation ophtalmique permettant le contrôle de performances (lentilles de contact ou intraoculaires). « En passant du spatial à l’industrie classique, puis de l’industrie à l’ophtalmique, nous avons dû à chaque fois faire nos preuves. Les clients regardent d’abord la performance de l’instrument, puis notre rapidité pour répondre à leurs questions, enfin notre pérennité » explique Olivier Dupont. 

Concrètement, Lambda-X met à la disposition de ses clients l’ensemble de ses compétences techniques et managériales pour les accompagner dans leurs programmes de développement, et ce depuis les concepts jusqu’à la production en série. L’entreprise se pose comme partenaire pour ses clients en proposant un service dual : développement et fabrication.

2008 est donc à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de Lambda-X, mais c’est également l’année de la crise bancaire, qui touche évidemment l’entreprise, mais pas trop… « C’est là qu’on a vu que la structure que nous avions développée tenait la route : des contrats dans le spatial à long terme combinés à un ensemble de développements de services pour l’industrie à plus court terme et de la production. Nous avons traversé la crise sans trop de problème » sourit Olivier Dupont. 

La crise permet cependant de réaliser que Lambda-X n’est pas assez armée au niveau commercial. La société retourne vers WSL, qui lançait son programme CXO (voir lien ci-dessous). « Et justement, ce qu’il nous manquait, c’était une approche commerciale. Nous étions une bande d’ingénieurs capables de développer de bons produits, mais la majorité des contrats que nous avions, c’était avec des clients qui avaient frappé à notre porte… Il fallait changer notre fusil d’épaule, singulièrement pour la partie ophtalmique. Nous avons donc recouru à un CXO, Laurent Malfaire, qui a insufflé un changement de dynamique au sein de Lambda-X. Depuis lors, nous enregistrons une croissance annuelle de 20 à 25%. Et d’une quinzaine de personnes, nous sommes passés à quarante-cinq… » Une progression assez fulgurante due à une maîtrise technologique reconnue internationalement, « mais la valeur essentielle de la société réside dans son équipe motivée, compétente et résolument orientée vers la satisfaction de nos clients et partenaires » souligne Olivier Dupont.

Si on décompose l’activité de Lambda-X, le spatial en occupe 40%, pour 40% également à l’ophtalmique et 20% à l’industrie classique. L’essentiel de l’activité spatiale est européenne. Mais, précise Olivier Dupont, « depuis trois ans, nous explorons la voie ‘New space’, qui va augmenter la part du spatial. Nous y avons une carte à jouer, car nous avons l’historique et les compétences des développements spatiaux habituels, mais l’ensemble de notre activité industrielle plus classique nous a habitués à aller très vite pour un développement, contrairement au milieu spatial en général. » Plus précisément, dans le New space, Lambda-X équipe pour l’instant deux fournisseurs de caméras et explore les payloads infrarouge.

Les domaines d’excellence de Lambda-X, évidemment certifiée ISO9001 et EN9100 et très bientôt EN13485 pour les applications médicales, l’emmènent immanquablement à l’international. Plus de 70% des activités sont exportées et plus de 95% du marché ophtalmique est international. Ses quelque nonante clients (dans l’ophtalmique) sont disséminés sur tous les continents, sauf l’Afrique. Pour le moment, puisque l’Afrique du Sud est dans le collimateur. Et qui dit international dit Awex – Agence wallonne à l'Exportation et aux Investissements étrangers – dont Olivier Dupont souligne le « rôle essentiel ». Lambda-X participe ainsi bon an mal an à six salons dans l’ophtalmique et deux ou trois dans le spatial, dont Brême. Le Bourget ? L’entreprise y a déjà participé dans le passé, et n’exclut pas un retour vu son implication dans le New space. 

Si l’horizon de Lambda-X est naturellement international, son ancrage est profondément belge. Olivier Dupont et Luc Joannes gardent 35% des parts, la famille Verhaert (40%) et la société Verhaert New Products & Services (25%) en détiennent le reste. « L’ensemble reste belge, c’est une volonté. Et nous tenons à cet aspect ‘entreprise familiale’ » ajoute Olivier Dupont. Jean-Claude Legros avait également des parts, mais les a revendues en 2009. Et l’ULB, à travers son fonds Theodorus, a participé au tour de table entre 2002 et 2009. 

Un dernier chiffre : Lambda-X réalise un chiffre d’affaires de quelque huit millions. Un chiffre en croissance constante jusqu’à aujourd’hui. Et qui repartira de plus belle après la crise sanitaire… C’est tout ce qu’on lui souhaite… 

Arnaud COLLETTE

 

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