Portrait du mois : François Lepot, de Safran Aero Boosters

Le changement dans la continuité… Cette formule quelque peu éculée recèle souvent une réalité profonde, ou tout au moins une volonté sincère. Comme lors du passage de flambeau entre Yves Prete et François Lepot aux rênes de Safran Aero Boosters. Effectivement, le premier partant à la retraite en ce début février, le second enfile le costume d’administrateur délégué / directeur général de la pépite d’Herstal. Enfiler le costume est une façon de parler : à l’aube de la cinquantaine, l’homme, grand sportif – il a fait des compétitions de natation dans sa jeunesse et continue la nage pour évacuer le stress –, semble visiblement plus à l’aise dans un jeans/chemise que dans un costume trois pièces. 

 

Revenons à la transition. Après une longue série de patrons français envoyés par la maison mère à Herstal, Yves Prete remplace Philippe Schleicher parti vers d’autres cieux au sein du groupe et prend la direction de Techspace Aero, futur Safran Aero Boosters, en janvier 2010. François Lepot travaille donc neuf ans sous ses ordres avant de prendre sa relève, en lui rendant hommage tout en préparant son empreinte : « Je me place dans la continuité d’Yves Prete. Il avait une vraie vision, il préparait les produits du lendemain ou du surlendemain, il anticipait les scénarios, et évitait les dangers. Maintenant, je ne suis pas Yves Prete. J’ai mon style à moi, mon discours, ma façon de piloter les choses… Mais nous avons la même base : une préparation soigneuse de l’avenir couplée à une efficacité au présent… »

 

De fait, les deux hommes ont un parcours assez semblable : tous deux entrent dans la société – FN Moteurs pour Yves Prete en 1979 – rapidement après leurs études et occupent plusieurs postes internes avant de voyager puis d’accéder au sommet. 

 

Sorti de la section « Ingénieur civil aérospatial » de l’ULiège en 1992, François Lepot passe un an à Cockerill-Sambre en tant qu'ingénieur process de fabrication avant de rejoindre Techspace Aero, où il retrouve de nombreux petits camarades de promotion. Il entre au bureau d’études. En 1995, il prend le poste de chef de projet pour le développement du CFM56-7 de CFM International (société commune à 50/50 entre Safran Aircraft Engines et GE) et est ensuite détaché chez General Electric pour suivre des essais de moteurs puis chez Snecma (aujourd’hui Safran Aircraft Engines)  pour développer un moteur en collaboration. En 1998, il devient responsable technique pour les programmes moteurs General Electric et Pratt & Whitney. En 2000, il prend la responsabilité d'une unité de production de quelque deux cents personnes. Et en 2006, à 36 ans, il devient directeur des opérations en charge de la production, de la supply chain et des investissements.

 

Cependant, pour l’anecdote, François Lepot est le premier Liégeois d’origine à accéder au faîte de l’entreprise d‘Herstal. En effet, il est né en Cité ardente, avant de suivre en France son père, cadre chez Magotteaux, puis de revenir mener ses humanités à l’athénée de Chênée – où il rencontre sa future épouse – et ses études universitaires à l’ULiège : « L’ULiège est la seule université à avoir une formation aéro. Beaucoup d’ingénieurs de cette filière se retrouvent chez Safran Aero Boosters. Et la formation dispensée est très efficace : je suis arrivé un matin au bureau d’études et ai pu travailler sur des projets dès l’après-midi… Maintenant, dans les métiers de Safran Aero Boosters, il n’y a pas que le calcul d’éléments finis. Beaucoup de ce qui fait la vie en entreprise n’est pas appris à l’université, que ce soit à Liège ou ailleurs : communiquer avec son chef ou ses collègues, recadrer une personne, négocier avec les syndicats… Même les études en management, fort axées sur le commercial, ne traitent pas de ces sujets. »

 

Le remède ? La formation, et pas seulement pour les cadres… François Lepot y croit fermement… « Nous formons énormément notre personnel, et je considère ce principe comme très important. Je lance personnellement les cycles de formation : je suis dans la salle au début et motive les participants si nécessaire, et je reviens à la conclusion. Et ça marche. Nos ingénieurs suivent avec plaisir et intérêt ces formations. » Les ouvriers aussi en bénéficient : « J’ai donné personnellement une centaine de formations. J’ai vu tout le personnel par groupes de dix. J’assumais la partie stratégie de l’usine, une demi-journée sur les quatre de la formation. Le but général était de former tout le monde à la culture économique et aux bases du management. J’ai été très transparent lors de ces formations. J’expliquais le comment et le pourquoi de telle ou telle décision, et sa finalité. Et je répondais à absolument toutes les questions, qui partaient évidemment dans toutes les directions. En n’éludant aucune question, on arrive à fonder un état d’esprit. Et une compréhension des obligations d’une entreprise. »

 

L’évolution de l’industrie aéronautique mondiale, qui vise à concevoir des avions de moins en moins énergivores et, partant, de moins en moins polluants, réjouit particulièrement le nouveau directeur général de Safran Aero Boosters, passionné de nature – il est membre de Natagora – et très soucieux du développement durable. Son credo ? « Permettre aux gens de voyager avec une empreinte carbone la plus faible possible. Autrement dit, garder sa qualité de vie en consommant moins. » Le Leap et ses successeurs relèvent bien sûr de ce principe… « Le Leap permet de gagner 15% de consommation par rapport au CFM56, qui lui-même consommait 15% de moins que son prédécesseur. »  Safran Aero Boosters consacre environ 15% de son chiffre d'affaires en R&D. Et l'essentiel des investissements liés à la préparation du futur concernent des études et des recherches qui visent avant tout les réductions de consommation, d'émissions de CO2et de NOx ainsi que des niveaux de bruit des avions. De plus, Safran Aero Boosters participe activement à plusieurs programmes de recherche européens et régionaux qui contribuent à atteindre les objectifs environnementaux fixés par l'Union européenne pour le trafic aérien.

 

Ces dernières années, Safran Aero Boosters a tourné à une moyenne d’une centaine d’engagements par an. Une partie pour évidemment couvrir les départs à la retraite, et une autre pour assurer son expansion tant dans la recherche que dans la production. Des chiffres largement positifs grâce à une conjoncture favorable. En effet, Safran Aero Boosters mène actuellement quatre développements de compresseurs basse pression et d'équipements. Outre le Leap, on note les moteurs Silvercrest de Safran Aircraft Engines (destinés au Cessna Citation Longitude), GE Passport de General Electric (destinés aux Bombardier Global 7000-8000) et GE9X de General Electric (destinés aux B777x). 

 

Un mot sur le spatial… « Nous sommes dans la préparation d’Ariane 6, pour lequel nous produirons plus de vannes que sur Ariane 5. Mécaniquement, si Ariane 6 est un succès, nous aurons un beau volume de travail. Mais le spatial ne nous permettra jamais d’engager des centaines de personnes. Le rythme est différent. On nous paie les études réalisées, tandis que sur un moteur d’avion, c’est nous qui assumons les risques » explique le nouveau directeur général.  Le spatial représente moins de 5% du chiffre d’affaires de Safran Aero Boosters.

 

 

 

Arnaud COLLETTE

 

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