Le portrait du mois : Guy Janssen, de GDTech

Guy Janssen fonde GDTech au début des années '90 afin de fournir à ses clients une prestation de services dans le domaine de l’analyse numérique. Rapidement, les prestations de GDTech s'élargissent fortement, et s’étendent aujourd’hui de la conception aux méthodes de fabrication en passant par la modélisation numérique. La réalisation d’outillages et d’essais de validation ainsi que la fabrication assistée par ordinateur (FAO) figurent également parmi les compétences offertes par GDTech. 

Rencontre avec son créateur et CEO, pour qui les notions d'honnêteté et de déontologie sont des valeurs fondamentales.  

A l’heure où les ingénieurs signent leur premier contrat avant de sortir des amphis, c’est assez difficile à croire, mais quand Guy Janssen sort de l’Université de Liège en 1982 son diplôme d’ingénieur civil en électromécanique sous le bras, il doit s’expatrier en Allemagne pour trouver un travail… Il y restera trois ans, se forgeant une solide expérience dans l’énergie nucléaire. Avant de revenir dans son cher pays de Herve natal, entre Liège et Maastricht, pour ne plus le quitter.

 

Guy Janssen entre alors à la FN, au « laboratoire central », qui travaillait aussi bien pour l’armement que pour l’aéronautique. « Nous étions trois calculateurs. L’expérience accumulée en Allemagne me poussait vers la simulation numérique. Ce que je fais toujours maintenant. J’ai ainsi eu l’occasion de travailler pour toutes les branches de la FN, de l’armement à l’aéronautique. »Malheureusement, à la fin des années 1980, la FN ne se porte pas bien… C’est la crise et son cortège de restructurations. « On a créé la FN Moteurs. Et la petite équipe de trois personnes qui faisait des calculs pour tout le groupe a été scindée : un membre est monté à la division Moteurs, devenue FN Moteurs bientôt rachetée par Snecma ; l’autre collègue a quitté la FN ; et moi je suis resté dans l’armement. »

 

Mais les restructurations ne portent pas leurs fruits et la FN se porte toujours aussi mal. Arrive alors le groupe Giat, qui rachète l’entreprise… et lance de nouveaux plans de restructuration. Et là, une personne sur deux devait quitter l’entreprise. « En 1990, j’ai donc été remercié. J’ai eu le choix : soit retrouver un boulot ; soit me lancer comme indépendant. J’ai alors créé mon bureau d’études qui deviendra GDTech. J’ai commencé non dans mon garage mais dans ma cave. »Tout naturellement, Guy Janssen continue de travailler avec le logiciel Samcef de Samtech, une autre pépite liégeoise, qui était déjà utilisé à la FN. Puis naturellement les deux entreprises, sises au Sart Tilman, se rapprochent pour lancer un bureau d’études : GDTech. 

 

A la clé, le début d’une large diversification : « Au début, j’étais principalement dans le calcul, la simulation… Mais j’ai vite ressenti le besoin d’élargir l’offre de prestations. D’ailleurs GDTech signifie Global Design Technology. On ne propose pas seulement que du calcul mais également des activités en amont – le dessin, la conception – et en aval – des mesures, des validations, du prototypage… Le but est d’offrir au client un service complet et la possibilité d’avoir un produit clé en mains. »Pour l’aéronautique, GDTech reste cependant dans l’étude de parties de programmes, sans en assurer l’entièreté. 

 

Dans cette période de décollage, GDTech trouve ses clients surtout dans la région : Techspace Aero, FN, Browning, CMI, Sonaca, Sabca, Air Liquide… Tout qui avait besoin de calculs. Mais l’entreprise passe la vitesse supérieure en 2000, avec l’ouverture d’une filiale à Pau, dans les alentours de Turboméca, qui deviendra Safran Helicopter Engines. Une filiale qui se consacrera, dans un premier temps, essentiellement aux modélisations de combustion. 

 

Jusqu’au seuil des années 2010, les partenaires évoluent dans le même schéma : Samtech développe la suite d’outils Samcef et GDTech est le bureau d’études qui l’utilise pour des projets commerciaux. La partie calcul de GDTech ne représente alors plus que 30 à 40% de l’activité. Samtech étant franchement orienté calcul prend un chemin différent. Arrive le rachat de Samtech par LMS, en 2012. L’occasion pour Guy Janssen de récupérer les parts avec le soutien de Meusinvest, « un partenaire intéressant et surtout fiable », toujours dans l’actionnariat aujourd’hui avec quelque 23% des parts. 

 

Cette séparation ne freine en rien le développement de GDTech. « Nous avons continué à faire grandir le groupe en acquérant Sami Engineering, société spécialisée en assistance technique et dessin industriel, ce qui nous a permis de diversifier notre activité vers la sidérurgie et d’autres secteurs. Auparavant nous étions très orientés aéronautique et défense. Et en 2018, nous avons ouvert une filiale au Canada pour s’orienter vers l’énergie, dont le pétrole. Nous sommes à présent quelque deux cents personnes avec un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros. »Et ce n’est pas fini. La société a déménagé il y a trois ans et est en train d’agrandir ses locaux, qui doubleront leur surface et se verront flanqués d’un large hall. Un investissement de deux millions d’euros. GDTech a, en effet, également créé deux business units plus orientées produit : l’une couvre la conception et la réalisation d’outillages et l’autre développe des produits innovants à base de technologie Led.

 

Et dans ce développement, Skywin joue son rôle… « Nous avons besoin d’évoluer, d’être toujours en avance pour pouvoir offrir des modélisations de plus en plus avancées. A ce propos, le système des pôles de compétitivité, Skywin en l’occurrence, permet ces développements. Sans le plan Marshall, GDTech n’aurait pas pris un tel envol… Nous sommes très actifs chez Skywin. Nous soumettons des projets quasi à chaque call. Nous n’avons pas beaucoup de concurrents en Wallonie, ce qui explique notre présence régulière. Sur le ton de la plaisanterie, je pourrais même dire que nous pourrions participer à tous les projets. Tout le monde a besoin de modélisation… »   

 

GDTech ne se cantonne pourtant pas à l’aéronautique, qui de 85% à la création de la société ne représente plus aujourd’hui que 30-35% du chiffre d’affaires. « Nous nous sommes spécialisés dans la simulation de crashs depuis une dizaine d’années ; des crashs de véhicules contre des barrières de sécurité. Nous avons développé une expertise dans ce domaine reconnue dans le monde entier.Nous traitons avec des constructeurs de barrières en Angleterre, Allemagne, Bulgarie, Australie, Pologne… »

 

Et à côté des barrières de sécurité, l’entreprise traite aussi dorénavant la mécanique des fluides. « Nous élargissons notre champ d’actions et essayons de couvrir plus de domaines. Mais nous ne couvrons pas le génie civil ; nous restons dans la mécanique. C’est un choix clair de notre part. Nous avons les programmes pour le faire, mais avons choisi de ne pas développer nos compétences sur ce secteur. Nous ne ferons donc jamais de pont par exemple. Le génie civil est un domaine particulier. De plus, il existe des bureaux de renom qui font très bien ça dans la région. Les ingénieurs que nous engageons sont des ingénieurs aéronautiques ou mécaniciens, ou encore électromécaniciens ou à orientation sciences des matériaux. Mais jamais d’ingénieurs en construction. »A part un, qui travaille sur les barrières. 

 

Mais cette diversification n’altère en rien les relations développées entre GDTech et Safran Aero Boosters. « Nous travaillons toujours beaucoup avec Safran Aero Boosters. Les essais coûtent très chers, donc c’est intéressant de recourir à nous services en amont. Nous pouvons par exemple simuler le crash d’un oiseau dans un moteur. Ou nous sommes capables de simuler des ruptures d’aube. C’est un bel exemple de croisement de compétences entre l’étude de crash sur une barrière et l’aéronautique. »La base de cette entente ? Une honnêteté et une déontologie sans faille… « Nous évitons les concurrences… Nous avons développé des relations très fortes avec Safran Aero Boosters, et nous n’allons pas proposer nos services à leurs concurrents. C’est un choix. Si vous voulez vraiment faire de la R&D avec un client, vous devez avoir cette déontologie. »  Cette déontologie se révèle de première importance pour le CEO de GDTech : « Personne ne peut nous reprocher la moindre faute de cet ordre depuis la création de GDTech. Nous avons une excellente réputation et nous devons la préserver. Nous pourrions aller voir Rolls Royce, ils seraient intéressés. Et j’ai refusé de mener des études pour la Snecma parce que je travaillais pour le Techspace Aero de l’époque. Même si c’était le même groupe. »Une honnêteté et une proximité avec ses clients qui sont  tout à son honneur…

 

Arnaud COLLETTE

 

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